Trekking dans la région des Annapurnas

Le 13 mars 2016, je me suis envolée à destination de Bangkok, en Thaïlande. Ce voyage de trois mois devait me conduire à la découverte de deux pays asiatiques : la Thaïlande et l’Indonésie. Mes plans ont changé lorsque j’ai rencontré Will et Chris à Bali. Les deux français avaient prévu visiter le Népal pour aller y faire du trekking dans la région des Annapurnas. Lorsqu’ils m’ont fait part de leurs projets, j’ai tout de suite pensé à changer mon itinéraire afin de réaliser mon rêve.

Physiquement, on ne peut pas dire que j’étais prête à affronter un trek de 15 jours avec des dénivelés allant jusqu’à environ 1000m par jour. Je ne pratiquais plus la natation depuis mon retour d’Hawaii, c’est à dire janvier 2015. Je faisais peut-être un petit jogging par-ci par-là, mais rien d’assez régulier pour me permettre de maintenir un bon cardio. Lorsque j’ai réservé mon billet d’avion pour Katmandou depuis Bali, je n’y avais pas vraiment songé. Tout ce qui importait, c’était que je mettrais enfin les pieds au Népal. Heureusement pour moi, l’Annapurnas Circuit ne nécessite pas d’être un athlète, seulement d’être en bonne forme physique. J’ai donc pu me rendre jusqu’à Manang, à 3520m d’altitude. C’est de là que j’ai décidé de rebrousser chemin, ne voulant pas affronter le Col de Thorong La à 5400m d’altitude. Il faut seulement être bien renseigné sur le mal des montagnes qui peut être mortel dans certains cas, s’il n’est pas détecté à temps.

Il faut compter normalement entre 15 et 20 jours pour accomplir ce trek. Il existe des moyens de raccourcir cette durée en prenant une jeep soit au début ou à la fin, c’est-à-dire avant ou après le Col de Thorong. Mon petit groupe et moi étions serrés dans le temps, nous avons donc pris une jeep de Besi Sahar à Chame, ce qui nous a permis de sauver 5 jours de marche.

Le trek a commencé à Besi Sahar. Ma première impression en arrivant là-bas fut de constater que l’épais brouillard qui enveloppait la capitale était toujours présent. Cette brume épaisse créait une ambiance mythique, c’était assez particulier. Notre nuit à Besi Sahar n’a pas été des plus reposantes : notre chambre était infestée d’immenses coquerelles. Quand je dis immenses, je n’exagère même pas. C’était les plus grosses que j’avais vues de ma vie : elles devaient mesurer pas loin de 10 cm. Il faut dire qu’on avait choisi une auberge un peu louche à 1$ la nuit… J’ai aperçu la première dans la salle de bain, alors que j’étais assise sur la toilette… J’ai remonté mes culottes et j’ai décampé assez vite, merci !!! Après avoir découvert la première intruse, plusieurs de ses camarades se sont invitées à la fête : on en trouvait par dizaine. En tant qu’entomophobe assumée, les insectes ont eu raison de moi alors qu’on a découvert une coquerelle en dessous de l’oreiller de Camille…  Je suis sortie sur le balcon et je me suis mise à pleurer. Mes sanglots étaient étouffés et entrecoupés par des petits rires nerveux : je trouvais la situation quand même un peu drôle (juste un mini peu). Ce fut la pire nuit de ma vie. J’étais bien décidée à rester debout, il était hors de question que je me couche dans le repère de l’ennemi (il devait certainement y en avoir sous les couvertures). À 3h a.m., après une inspection méticuleuse de mon lit à bout de bras, la fatigue a eu raison de moi : j’ai accepté de m’asseoir sur le lit, puis je me suis retrouvée couchée en position foetale, sur les couvertures. Alors que je commençais à sombrer dans le sommeil, je me réveillais brusquement, en proie à des hallucinations d’insectes en quantité infinie : j’en voyais par flash sur les murs, sur mon lit… Bref, ce fut une nuit fort agréable (lire un véritable cauchemar).

Jour 1

Après une nuit pour le moins mouvementée, notre trek s’est amorcé avec 7h de jeep pour nous rendre à Chame. Disons que ces 7h n’ont pas été les plus agréables de toute ma vie. Nous étions entassés à 4 sur la banquette arrière qui était prévue pour 3 personnes. Bon, ce n’est pas si pire, on est quand même au Népal, je me suis fait à l’idée qu’en allant en trek, on va la vivre à la dure et j’avais envie de faire un trek avec tout ce que ça implique. Puis, on a commencé à rouler sur des petits chemins de gravelle sinueux parsemés de trous et de bosses. On se faisait brasser à droite et puis à gauche sans cesse. Ça aurait été amplement tolérable, seulement si je n’avais pas le vertige…

Plus on progressait et plus on s’enfonçait dans les montagnes. Le début de la route au bord des ravins était aménagée par une petite rambarde. Après quelques centaines de mètres seulement, plus de rambarde. On roulait dangereusement au bord des ravins sur une route prévue pour la largeur d’une jeep. Lorsqu’on croisait d’autres jeeps qui venaient en sens inverse, les chauffeurs essayaient comme ils pouvaient de s’entasser au maximum sur le bord du ravin, les roues de la jeep n’étant parfois qu’à quelques centimètres du précipice dont on ne voyait pas le fond.  Ayant le vertige, j’ai vécu les pires 7h de ma vie entière (ça commençait à faire pas mal, avec la nuit d’horreur que je venais de passer!). Comme je suis assez timide, je déteste être émotive en public. Les personnes qui m’ont vue pleurer se font peu nombreuses, mais là, c’était plus fort que moi. J’ai éclaté en sanglots. Une première, deux fois en moins de 24h ! Je pensais sérieusement qu’on arriverait jamais à destination et j’ai commencé à me demander ce qui m’avait poussée à m’embarquer dans un tel pétrin.

À mon grand étonnement, on est finalement arrivés à Chame en vie. J’ai remercié le ciel d’être vivante et je me suis juré de ne plus jamais embarquer dans ces jeeps de l’horreur. On est arrivés en début de soirée à Chame, il faisait déjà noir. On est allés dans la première auberge qu’on a vue. La propriétaire était une népalaise au faciès stoïque, mais je me suis dit que ce n’était pas un air bête qui allait me déstabiliser après tout ce que je venais de vivre (noter ici un ton humoristique). On a commandé à manger. On a tous choisi le même plat : un macaroni au fromage. Ce plat n’était pas commun sur les menus au Népal. Lorsque l’assiette est arrivée, je me suis un peu apaisée. J’ai mangé avec un engouement surprenant pour une fille de ma taille. Une fois le ventre bien plein, on est allés dans nos chambres en occupation double. L’auberge avait une ambiance de petit chalet coquet et d’ailleurs elles furent toutes pareilles tout le reste du trek, ce qui était assez cool. Les chambres étaient faites en bois et deux lits simples occupaient l’espace, une commode trônant entre les deux.  J’étais avec Camille, ma partenaire de voyage et les deux français étaient dans une autre chambre. Camille est allée écouter un film avec eux sur leur tablette, j’ai donc profité de cet instant pour être seule à la chambre. J’avais besoin de me retrouver seule pour faire le point. J’avais l’impression d’avoir sous-estimé les dangers d’un trek dans la région de l’Himalaya. Le Col de Thorong me faisait très peur. Je ne me sentais pas totalement en contrôle de la situation, chose que je n’apprécie pas trop.  Après avoir pleuré toutes les larmes de mon corps, j’avais finalement pris ma décision, je voulais rebrousser chemin dès le lendemain matin.

Jour 2

Au déjeuner, j’ai discuté de la situation avec Camille, Chris et Will. Ils ont finalement réussi à me convaincre de continuer avec eux jusqu’à Manang, après quoi je rebrousserais chemin avec Camille. Cette entente faisait mon affaire, puisque je n’avais pas à passer le Col de Thorong. Ça m’a soulagée, à partir de ce moment j’ai pu mieux profiter du reste du trek. Depuis Chame, on s’est rendus à Upper Pisang.

À l’auberge d’Upper Pisang, on a rencontré Maude, une québécoise de notre âge. Je l’ai tout de suite appréciée. Maude faisait le trek seule avec son guide népalais, Phuri. On a beaucoup discuté, surtout à propos du trek. Le fait de constater que Maude était venue bien préparée a confirmé ma décision de ne pas passer le col de Thorong. Maude trainait avec elle du matériel pour mesurer ses signes vitaux afin d’évaluer son acclimatation à l’altitude. Grâce à son saturomètre, j’ai pu constater que j’avais une saturation en oxygène à 80% au repos (la normale étant plus grande ou égale à 95%). Disons que ça n’a pas contribué à me rassurer et j’ai vite compris pourquoi j’étais essoufflée juste à me pencher pour attacher mes bottes. J’aime l’aventure, mais je suis aussi très méticuleuse. Lorsque je me lance dans quelque chose, j’aime être un minimum préparée et savoir à quoi m’attendre, chose qui n’était pas le cas avec le passage du col de Thorong. J’ai réalisé que je ne savais vraiment pas grand chose à propos de ce trek. Camille et moi nous fions entièrement sur les français pour cheminer à travers le circuit des Annapurnas. J’ai donc lâché prise en me disant que je reviendrais certainement au Népal un jour, bien accompagnée et bien préparée. On a soupé avec Maude, son guide et d’autres trekkeurs. Les repas constituaient un moment fort agréable. Après une dure journée d’efforts physiques incommensurables, se retrouver autour d’un bon plat chaud en bonne compagnie était réconfortant.

Jour 3

La journée suivante était la dernière journée de montée. On partait d’Upper Pisang pour nous rendre à Manang. Il existe deux chemins depuis Upper Pisang pour aller à Manang : le route qu’emprunte les jeeps, puis un chemin en montagne plus difficile, mais qui offre de beaux panoramas. On a choisi le chemin en montagne et ce fut un bon choix, mais cette journée fut extrêmement difficile. On a dû marcher sous la pluie, les vêtements trempés et en proie au froid. Les montées étaient nombreuses et abruptes. Je cherchais difficilement mon souffle, chaque petit pas me demandait un effort surhumain, mais la fierté que j’ai éprouvé en apercevant l’enseigne annonçant notre arrivée à Manang et les paysages que nous avons vus en route en valaient le coup. En arrivant à Manang, j’ai tout de suite enlevé mes vêtements mouillés. Je suis allée prendre une douche. L’eau était glaciale, le premier contact a littéralement figé le sang dans mes veines. Je ne me suis pas directement trempée sous le jet, j’ai trempé chaque partie de mon corps une à une pour tenter de m’habituer à la température de l’eau. Je me suis séchée à l’aide d’une petite serviette de piètre qualité (autrement dit, elle n’essuyait pas grand chose). J’ai enfilé un chandail et un pantalon sec, puis je me suis rendue dans la boutique en face de l’auberge pour me procurer une grosse veste en laine, des bas de laine et un pantalon de polar. Une fois bien emmitouflée, je me suis glissée sous les couvertures de mon lit, puis je me suis assoupie sous le coup de la fatigue accumulée par les longues et rudes journées de marche éprouvantes à travers les montagnes, en altitude.

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Jours 4, 5 et 6

Nous avons passé les 3 jours suivants à Manang, le temps que les garçons fassent leur acclimatation en vue de passer le col de Thorong. Manang est un village à 3520m d’altitude. Il existe plusieurs randonnées à faire depuis Manang, comme par exemple celle pour aller voir le Tilicho Lake. Nous n’y sommes pas allées, car le lac était gelé, mais j’ai rencontré plus tard d’autres randonneurs qui y sont allés et ils disaient que ça valait tout de même le détour. Si je ne me trompe pas, la randonnée vers le Tilicho Lake est un détour de 4 jours.

À Manang, nous avons revu Maude et son guide, Phuri. Nous avons passé plusieurs beaux moments, comme celui où nous avons tous discuté à une maison de thé. Autour d’une bonne tasse de thé, Phuri nous a raconté plusieurs choses sur l’histoire népalaise. Éric, un médecin québécois séjournant à la même auberge que nous et qui faisait du bénévolat à la clinique de Manang s’est joint à nous.

Manang est un gros village, idéal pour faire de belles rencontres. 🙂

Jour 7, 8 et 9

C’est la journée où Camille et moi nous sommes séparées des français pour redescendre vers Besi Sahar, d’où nous prendrions un bus pour nous rendre à Pokhara. Nous avons marché vers Lower Pisang, le village voisin d’Upper Pisang. Cette fois, nous avons opté pour la route facile. Ça nous a pris 3h de marche pour atteindre Lower Pisang depuis Manang par cette voie, versus les 8h que nous avons mis pour atteindre Manang depuis Upper Pisang par la voie difficile.

Nous sommes tombées sur une auberge super, les propriétaires étaient une gentille petite famille népalaise. Comme partout ailleurs, le lit ne coûtait rien tant qu’on mangeait tous nos repas à l’auberge. L’auberge était tout de même grande, il devait y avoir au moins une dizaine de chambres, et toutes étaient vides. L’endroit était paisible, au beau milieu des montagnes. Un balcon commun reliait toutes les chambres à l’arrière du bâtiment. Ce balcon donnait sur la rivière et les montagnes. En matinée, le soleil plombant immergeait la galerie qui se réchauffait. C’était un endroit très agréable. Les repas et tout particulièrement le dal baht étaient délicieux!

Comme nous avons adoré cet endroit, nous y sommes restées 2 nuits. La deuxième journée, j’ai décidé de me replonger sous une douche glacée. Mes cheveux commençaient à faire un peu dur puisque je redoutais de les tremper sous l’eau glaciale. J’en ai profité pour les laver avec mon shampooing bio que j’avais acheté à Bali et qui sentait particulièrement bon. Une fois toute propre, je suis allée prendre un bain de soleil sur la galerie pour me faire sécher les cheveux. Je me suis étendue sur un banc, mes écouteurs dans les oreilles. Je me sentais particulièrement bien, j’adorais l’endroit. En fin de matinée, un couple espagnol, un chilien et un jeune népalais sont arrivés à l’auberge. Ils étaient tous très gentils. Nous avons discuté de nos origines et nous avons appris à nous connaitre autour d’une table de la cuisine de l’auberge. Nous avons tous joué aux cartes, dans un mélange de langue espagnole et de langue anglaise. C’était un moment particulièrement agréable à rire en compagnie d’étrangers à qui nous nous sommes très vite liés d’amitié, Camille et moi.

Jour 10

Nous sommes parties de Lower Pisang le matin avec Arejyn, le jeune népalais. Nous avons fait route ensembles jusqu’à Chame, puisque lui aussi devait prendre une jeep de Chame jusqu’à Besi Sahar. Nous avons dû marcher environ 6h pour nous rendre à Chame. Une fois là-bas, nous avons trouvé une jolie petite auberge bien semblable aux précédentes et nous avons passé une bonne nuit de sommeil pour nous préparer en vue des 7h de jeep infernales.

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Arejyn au déjeuner avant de poursuivre notre route en jeep.

Jour 11

Les 7h de jeep m’ont parues beaucoup moins pires qu’à l’aller. Le ciel était un peu plus dégagé, on voyait les sommets enneigés un peu partout durant le parcours. Peut-être parce qu’on étaient avec Arejyn, je me sentais plus en sécurité dans la jeep et le trajet m’a semblé beaucoup plus tolérable qu’à l’aller. On est finalement arrivées à Besi Sahar, où nous avons choisi de dormir au Gateway Himalaya Resort, ne désirant pas trop passer une seconde nuit en compagnie des coquerelles. Le Resort possède une immense piscine, ce qui est assez génial vu les conditions de chaleur extrême en basse altitude au Népal. Il nous en a coûté environ 8$ pour une nuit et nous avons pas mal mieux dormi que lors de notre précédent passage à Besi Sahar. Pour seulement 7$ de plus, ça valait amplement la peine. Pour la première fois depuis le début du trek, nous avons pu prendre une douche chaude. Je suis restée sous le jet d’eau une bonne dizaine de minutes à profiter de la chaleur réconfortante au contact de ma peau.

Nous avons réservé notre bus pour Pokhara depuis le Resort. Il passerait nous chercher à 8h le lendemain matin.

Jour 12

La ride d’autobus a duré environ 6h vers Pokhara. Pokhara ne ressemblait pas vraiment à l’idée que je m’en faisais. Sur google, les images correspondant à Pokhara affichaient de jolis paysages avec en toile de fond la chaine des montagnes de l’Himalaya. Toutefois, en raison du brouillard omniprésent, on ne pouvait pas apercevoir les montagnes. J’ai l’impression que si nous avions plutôt fait le trek au début du mois d’avril, la vue aurait été totalement différente. Des amis rencontrés plus tard à Katmandou nous ont montré des photos de leur trek qu’ils ont fait au début du mois d’avril et les paysages n’étaient pas du tout les mêmes que ceux que nous avions vus. La vue était beaucoup plus dégagée, on pouvait donc mieux apercevoir les monts enneigés.

Jours 13, 14, 15, 16 et 17

Nous sommes restées 5 jours à Pokhara, ce que nous avons trouvé un peu long. Comme nous ne disposions que de cinq jours à Pokhara, ce court laps de temps ne nous laissait pas le loisir d’entamer une petite randonnée. D’un autre côté, les cinq jours passés au coeur de la ville nous ont paru assez longs. Toutefois, les paysages autour du lac étaient jolis. Nous avons flâné et relaxé durant ces 5 journées.

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Les paysages du Népal sont magnifiques. Je rêvais de visiter ce pays depuis mon enfance et les paysages que j’ai découverts en montagne étaient fidèles à l’image que je me faisais du pays. Le seul bémol, c’est que je n’étais pas bien préparée pour ce trek. Je souhaite vraiment retourner au Népal pour découvrir plus profondément les treks népalais et tibétains, mais cette fois-ci j’irai en connaissance de cause et bien entrainée physiquement. Un trek dans la région de l’Himalaya n’est pas à prendre à la légère. Si vous êtes bien préparé, cette expérience sera à coup sûr très enrichissante. 🙂

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